Ses origines 

C’est en 1982 que Bernard Montaud, kinésithérapeute et ostéopathe, fonde la psychanalyse corporelle à partir d’un incident ostéopathique. Une patiente sur sa table de massage est soudain prise par des sursauts, d’abord dans les bras, puis dans tout le corps. Ces sursauts sont accompagnés d’émotions qu’elle ne parvient pas à contrôler. Sans le savoir, Bernard Montaud vient de rencontrer ce qui est aujourd’hui le premier niveau de psychanalyse corporelle : les spasmes sans sens.

Intrigué par ce phénomène, Bernard Montaud et quelques amis venus d’horizons divers (médecine, kinésithérapie, arts martiaux, psychologie) cherchent à revivre cette expérience sur eux-mêmes jusqu’à être capable de réveiller à volonté ces spasmes, et les reproduire en cascade. Ils constatent alors l’apparition de « proto-mouvements », comme si le corps allumé par un lapsus puis par une cascade de lapsus, se mettait à produire des mouvements symboliques. A ces mouvements sont associés des images leur donnant un sentiment général de l’existence et produisant déjà un premier apaisement par cette rencontre avec eux-mêmes.

Attiré par cette méthode corporelle de découverte de soi, une clientèle différente apparaît, prête à expérimenter un rythme soutenu de séances. Cet engagement permet d’entrer dans une plus grande intimité avec soi-même. Les mouvements sont de plus en plus précis, les émotions de plus en plus claires et progressivement c’est tout le film de leur histoire personnelle qui se dévoile.

A cette époque, l’instauration de « verbalisation après séance » s’avère nécessaire tellement il y a distorsion entre le souvenir de l’événement et le revécu corporel du même événement. Le corps et le cerveau livrent deux versions différentes de l’histoire du sujet.

Il devient impératif d’aller jusqu’aux détails concrets des scènes revécues, ce qui permis alors de pouvoir vérifier la véracité des événements retrouvés. Ce souci du détail concret a fait évoluer le revécu du passé de chacun, en permettant de passer de simples flashes à un court métrage jusqu’au film de l’histoire. Là nous sommes dans les années 1988-1989.

Et la mémoire du passé venait toujours éclairer les mêmes instants clés de l’histoire de chacun, les traumatismes de la petite enfance, de l’enfance et de l’adolescence, jusqu’au traumatisme de la naissance.

Le traumatisme périnatal contient une particularité par rapport aux autres traumatismes, le nouveau-né y frôle la mort physique alors que dans les autres moments clés, il frôle la « mort psychique ». Dans ces séances le psychanalyste corporel est devant une ultime authenticité, inégalée dans les autres traumatismes.

Nous sommes dans les années 1990-1992. Certaines séances conduisent maintenant à un paroxysme physique suivi d’un paroxysme verbal sans égal. Tout se passe comme si la personne atteignait soudain un état de conscience modifié, lui permettant alors une intime conviction de la réalité d’un épisode traumatique. Ce niveau de séance où il n’y a plus ni bourreau, ni victime conduit à une vraie réconciliation. Les « bourreaux » se révèlent être seulement de pauvres papas et de pauvres mamans si maladroits en amour.

Aujourd’hui, le psychanalyste corporel est en vérité un technicien de l’image intérieure. En invitant le corps à des niveaux croissants de sincérité, il accompagne et stimule des mouvements lapsus de plus en plus précis. Et plus le geste est précis, plus l’image dans l’esprit est saisissante de vérité.